mercredi 19 juin 2013

23 mai 2013 : rencontre avec l'écrivain Emmanuel Arnaud au collège Jean Moulin de Pontault Combault





Le jeune auteur Emmanuel Arnaud nous a fait le plaisir et l'honneur de venir nous rencontrer
jeudi 23 mai 2013 , de 9h30 à 11h 30 au CDI de notre collège


Nous lui avons posé plusieurs questions, tant sur son métier d'écrivain que sur l'un des ses romans Une Saison Rimbaud

Ce récit a obtenu la première place dans sa catégorie , lors des élections du prix littéraire des élèves des collèges et lycées du district 4 de Seine et Marne (Pontault Combault, Roissy en Brie, Ozoir, Tournan) : 59 voix sur 137 votants



Une saison Rimbaud

Est ce que Une Saison Rimbaud est venue de votre imagination ou d'un fait vécu ?

Comme Alexandre le personnage principal, j'ai vraiment été ébloui par la poésie de Rimbaud à l'adolescence , en particulier les Illuminations. En revanche, le reste est inventé. L'impression que j'aurais eu à la découverte de Rimbaud est vraisemblable. Il s'agit donc d'un roman du ressenti..ce qui aurait pu se passer 15-20 ans après


D'où vous est venu l'inspiration pour ce roman ?

Au départ, pour écrire une histoire, je pars d'un ressenti, d'un souvenir...que je développe ensuite pour le mettre en valeur, le faire vivre.

Comme pour tous mes romans, celui ci est donc parti d'un ressenti qui est revenu brusquement dans mes souvenirs.

Je vais d'ailleurs vous raconter une anecdote qui m'est revenu à l'esprit au moment où je commençais l'écriture d'une Saison Rimbaud.

J'ai vécu pendant un an au Japon dans le cadre d'un stage pour mes études.
Un jour, dans le bus, j'étais assis à côté d'une jeune japonaise qui lisait un livre dont la couverture m'a intrigué ….:il y avait dessus un portrait de Rimbaud...j'ai deviné que la jeune femme lisait « Les Illuminations » , en traduction japonaise ! Surpris que ce poète puisse être lu au Japon, j'ai demandé à la jeune japonaise comment elle s'était procuré ce livre . Elle l'avait découvert par hasard sur Internet et cela lui avait donné envie de l'acheter...

Le contraste entre l'oeuvre (la beauté des poèmes de Rimbaud) , et l'environnement (bus au Japon, à l’autre bout du monde) a crée comme un « choc » qui m'a fait me souvenir de ma propre découverte des Illuminations à l'adolescence.



Combien de temps avez vous mis pour écrire ce roman ?

Voilà déjà comment j'écris mes livres en général
Il y a trois phases

  • Phase de jaillissement des idées
Brusquement, et souvent par hasard je me souviens d'un ressenti, les idées arrivent d'elle même...spontanément..ce qui amène un développement d'idées. Celà dure environ 4-5 jours

  • phase de « premier jet » . J'écris librement à partir des premières idées sans souci de style ni de structuration de l'histoire.. Cette phase dure environ 3 semaines. Pour une Saison Rimbaud, j'ai écrit ce premier jet dans les cafés à Paris, à un moment où j'étais assez libre et avais beaucoup de temps pour moi-même

  • phase de maturation. Je reviens sur le brouillon, corrige les incohérences de récits, précise les personnages....Comme j'exerce un autre métier en parallèle, cette phase est très longue ...car je ne peux écrire qu'au coup par coup...Pour une Saison Rimbaud, elle a duré environ un an.

  • phase de relecture...et de correction avec la maison d'édition. Encore un an.


Au total, entre le jaillissement d'idées et la publication du roman, pour une Saison Rimbaud, presque deux ans se sont écoulés .

Mais cela dépend aussi du nombre de caractères que l'éditeur souhaite publier : pour une Saison Rimbaud, il y a environ 100 000 caractères (lettres + espaces)


Comment avez vous choisi le titre de votre roman ?

Ce n'est pas moi qui l'ai choisi . C'est l'éditeur qui le choisit afin qu'il soit le plus « accrocheur » possible.
Pour ma part, j'aurais préféré que mon roman s'intitule « Aube » , comme l'un des poèmes des Illuminations de Rimbaud.


Pourquoi y a t-il une crevette sur la couverture ? Quel rapport avec l'histoire ?

Là aussi, c'est l'éditeur, les éditions du Rouergue, qui choisit l'illustration de la première de couverture. Il est même rare que l'auteur rencontre l'illustrateur. Celui ci dessine parfois juste en ayant le scénario global de l'histoire, sans la lire entièrement...

Du coup, pour moi, cette crevette est aussi incompréhensible que pour les lecteurs ...s'agit-il d'une allusion à l'Espagne, la paëlla ? Comme l'illustratrice ne travaille plus chez cet éditeur, je ne pourrais pas lui demander ...


Est ce que le personnage d'Adhonc a vraiment existé ? Qui vous l'a inspiré ?

Dans les romans, les personnages sont simplifiés. Ce sont des caricatures : à un personnage correspond un trait de caractère. Or, en réalité, les êtres humains sont beaucoup plus complexes.
Adhonc n'existe donc probablement pas . Mais il me rappelle quelqu'un de mon entourage , quelqu'un qui aurait pu lui ressembler sur certains aspects...mais pas au point d'organiser des combats de chien ? Je m'en suis juste inspiré



Le métier d'écrivain

Emmanuel Arnaud est-il votre vrai nom ?

Non, c'est un pseudonyme, car j'ai un autre travail
Emmanuel est bien mon prénom, mais Arnaud est mon deuxième prénom.


Etiez vous fort en français au collège et au lycée?

Je n'étais pas mauvais. Mes parents m'ont donné le goût d'écrire et de lire très jeune.
Mais il faut savoir que les écrivains ont des profils très variés : certains ont fait des études scientifiques, ce qui est mon cas, d'autres des études artistiques, journalistiques...Il n'y a pas de filière pour devenir écrivain...
Quand on prend l'habitude d'écrire...on écrit de mieux en mieux...
Certains auteurs étaient nuls en français à l'école.
Le français est un mode d'expression et des règles d'écriture. L'un ne va pas sans les autres.
La maîtrise de la langue est utile pour traduire sa vie intérieure, ses émotions. Je peux choisir la langue « orale », dans laquelle je m'exprime dans certains de mes romans, car je sais qu’il s’agit d’une possibilité en littérature, car j’ai déjà lu des styles qui ne lui étaient pas étrangers... ce qui compte , c'est de traduire « la voix intérieure »



Depuis quand écrivez vous ?

J'écris depuis l'age de 11 ans..mais d'abord j'écrivais surtout des lettres, puis des journaux intimes.
A partir du lycée et jusque vers 22-23 ans (pendant la durée de mes études), je n'ai plus écrit...j'ai fait une pause, je ne ressentais plus le besoin d'écrire.

Vers 23 ans, j'ai retrouvé par hasard mes journaux intimes écrits une douzaine d' années auparavant. J'ai notamment retrouvé ceux qui racontaient mon expérience de la classe de 6ème et mes souvenirs des camarades japonais, car mes parents m'avaient inscrit dans un collège bilingue franco-japonais ().
J'ai alors eu envie de retravailler ce texte, en rapport avec ma classe bilingue..J'ai envoyé mon manuscrit au hasard à plusieurs maisons d'édition...l'une a répondu, le texte lui avait plu...: les éditions du Rouergue.

Celà a été mon premier roman intitulé « les trilingues », et publié par Les éditions du Rouergue

Combien de livres avez vous écrits?

Pour l'instant, j'ai publié deux romans chez Métaillé, et cinq chez les éditions du Rouergue.


Comment avez vous choisi votre éditeur ?.

Ce n'est pas moi qui m'a choisi, c'est lui .
En fait, il y a deux méthodes pour parvenir à se faire publier.
  • soit on fait une étude de marché des maisons d'éditions : leur tendance, leur style de livre, etc...Mais il faut avoir du temps et une grande connaissance du monde de l'édition.

  • Soit on envoie son texte au hasard...sur 100 envoi, il y aura certes 99 % de réponses négatives..mais cette méthode permet de passer outre l'évolution des thèmes préférés des maisons d'éditions. C'est ce qui s'est passé avec mon premier roman les « trilingues » et les éditions du Rouergue


Publiez vous chez d'autres éditeurs. ?

Dans mon entourage , plusieurs personnes ont pensé que le texte d'une saison Rimbaud pouvait plaire à un plus large public que le public jeunesse auquel s'adresse les Editions du Rouergue.
J'ai donc envoyé à nouveau le texte au hasard et bizarrement ...c'est l'éditeur Métaillé, pourtant spécialisé en littérature policière et éditions bilingue qui m'a répondu favorablement.
L'éditrice, Anne Marie Métaillé a eu un coup de cœur pour mon roman.

Une saison Rimbaud a donc été publié deux fois  chez deux éditeurs différents : en littérature jeunesse chez les éditions du Rouergue, et en littérature générale, chez les éditions Métaillé, sous un autre titre « Arthur et moi »

Cette double publication a été possible car le contrat qui me liait aux éditions du Rouergue indiquait que , pour mon livre, les droits de poche pouvaient être rachetés par une autre éditeur. Donc, Métaillé a acheté les droits de poche du texte aux éditions du Rouergue , ce qui signifie qu'il doit forcément le publier dans une collection de poche.

Quand et comment écrivez vous ?

J'écris n'importe où, en particulier dans les transports en commun, quand j'ai du temps..
Ecrire est un besoin et un plaisir pour moi.
J'écris directement sur PC, jamais à la main, sauf dans la phase de « jaillissement des idées ».


Quels étaient vos livres préférés quand vous étiez ado ?

  • Vers l'age de 12 ans, le comte de Monte Cristo, d'Alexandre Dumas.
Ce qui m'a marqué et captivé dans cette histoire, c'est d'abord la description d'un état d'ame, celui de la vengeance
  • Vers 14 ans, le Rouge et le noir , de Stendhal.
J'avais déjà été attiré par le titre. Et ensuite , ce sont les élans de vie des personnages qui m'ont impressionné. J'ai été impressionné par la façon dont Stendhal pouvaient, avec des mots, retraduire ces élans .

  • vers 14-15 ans, les illuminations , de Rimbaud

  • vers 15-16 ans, l'éducation sentimentale de Flaubert.
Découverte de l'amour, des relations amoureuses, du sentiment amoureux.

Si on relit le même livre cinq ou dix ans plus tard, l'impression sur ce livre peut changer...on peut l'aimer pour des raisons differentes. Quand j'ai relu Le rouge et le noir à l'age adulte, c'est vraiment la manière dont l'écriture de l'auteur porte l'élan de vie des personnages qui m'a impressionné.



Comment ont été perçus vos livres par la critique ?

Il est assez curieux de constater que plusieurs critiques ont vu dans mes romans des intentions que je n'y mettais pas.
Par exemple, Une Saison Rimbaud a été perçu comme un ouvrage « pédagogique » ...destiné à faire aimer la poésie de Rimbaud..alors que ce n'était pas du tout mon intention.

Le théorème de Kropst, récit qui raconte comment naît l'esprit mathématiques , et comment émerge une personnalité matheuse dans une classe préparatoire, a été perçu comme une critiques de ces classes prépa..

Les trilingues ...certaines critiques ont presque vu un aspect « raciste » à l'égard des japonais..alors que loin s’en faut !


De toute façon, quand un livre est écrit...il ne vous appartient plus 
Il est lu par d'autres, il mène en quelque sorte sa propre vie...et peu à peu, j'ai tendance à oublier mes livres...il se détache de mes pensées.

Il reste que je ne cherche pas à transmettre un message dans mes romans...au contraire, je me méfie des récits qui ont des intentions ...je trouve qu'ils sont souvent ennuyeux à lire et à écrire..

Parmi vos livres, quels sont ceux que vous préférez ?

Le théorème de Kropst, car j'essaie de percer le mystère de ce qu'on pense, un état d'esprit, l’état d’esprit des apprentis mathématiciens

Une Saison Rimbaud, car il évoque comment la découverte poétique s'inscrit dans le quotidien.
Ce roman a été adapté au théâtre ...quand j'ai vu la pièce,celà m' a fait un effet terrible..


Parmi vos livres, quels sont ceux qui ont eu le plus de succès , se sont le mieux vendus ?

Il s'agit du roman « Le théorème de Kropst » , publié chez Métaillé.
Mais le succès d'un roman est notamment lié à la maison d'édition, qui met les moyens pour assurer sa promotion, que par la nature du texte. C'est l'attachée de presse lié à l'auteur qui fait la pub, la promo...

Avez vous écrit d'autres livres que des romans ?

Oui, quelques poésies, mais publiées dans des revues très spécialisées , peu connues..


Combien gagnez vous en écrivant des livres ?

Je ne vis pas de mes romans. J'ai un autre métier
Peu d'écrivains vivent de leur plume, dans la mesure où pour chaque livre vendu, en France, un auteur touche de l’ordre de 8% de droit d'auteur, ce qui veut dire que si un livre est vendu 10 €, l'auteur touche o,80€...
Il faut donc en vendre énormément pour vivre.


Qu'est ce que cela vous fait d'être célèbre ?

Je n'écris pas pour la gloire mais pour mon plaisir. Cela me rend heureux...que d'autres apprécient mes écrits, tant mieux, c'est un plus...Je n'écris ni pour être connu ni pour l'argent.
Il est rare de vivre de son écriture, et je trouve que c'est tant mieux car on n'a pas moins de pression extérieure, on est plus libre d'écrire ce que l'on veut.



Merci à Emmanuel Arnaud de nous avoir , deux heures durant, raconter son expérience de l'écriture. Nous avons apprécié son sens de la répartie, ses anecdotes et son humour...
Compte rendu signé de Mme Querné, documentaliste


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